A.Z.

Les œuvres d’Alicia Zaton ne sont pas frontales, à l’instar de cette vierge en plâtre (Matka) qui nous accueille de dos ou de ces planches en bois calciné que nous pouvons découvrir en nous retournant (Za).
Il faut d’ailleurs une certaine attention pour percevoir derrière cette paroi des documents,  des  photos,  des  posters  renvoyant  (apparemment)  à  la  vie  personnelle de l’artiste.
Ce qu’A.Z. nous donne à voir et à éprouver a trait au souvenir, à l’enfance, à la mémoire. Cornichons (Ogurki), matriochkas (Lalka), renvoient bien sûr à l’autobiographie de A.Z.
Mais ce ne sont que des indices : ces   pièces   résonnent   en   nous   plus   qu’elles   expliquent   ou   affirment.   Elles  opèrent  par  fragment  (ce  sont  des  détails  d’histoires  et  de  narrations,  jamais un récit complet). Dans les blancs de ces détails, dans l’espace qui lie chaque  pièce,  le  spectateur  est  invité  à  projeter  ses  propres  histoires,  ses  propres souvenirs...
Cette robe rouge qui tourne sur un rythme de boule à facettes à hauteur de hanche (Caluje) est à la fois un leurre et un spectre. Elle attire notre regard, déclenche en nous des émotions, des réminiscences, des désirs...
Pourtant, il ne s’agit que d’un bout d’étoffe rouge, un fantôme en quelque sorte...

— Bernard Marcadé, 2015